Affichage des articles dont le libellé est CDPQ. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est CDPQ. Afficher tous les articles

jeudi 21 mai 2009

CDPQ: C'est quoi le problème?

Encore une fois, je porte trop attention aux médias. Il y a tellement de choses intéressantes dans l’actualité. Brian à Ottawa. Henri-Paul à Québec. Que dire de l’émission radio C’est bien meilleur le matin. J’ai le cerveau en ébullition. Mais je m’en excuse! Ce n’est pas de ma faute. Posez-moi la question autant de fois que vous le voulez. Ce n’est pas de ma faute! C’est à cause des médias.

À la radio hier matin, René Hommier-Roy et son équipe parlaient d’une hypothétique loi concernant l’obligation d’aller voter lors d’élection générale. Il semblerait que ce type de loi existe dans certains États. Dans un pays scandinave par exemple (désolé je n’ai pas noté le nom), certains services publics ne sont offerts qu’aux citoyens qui ont fait leur petit X. Ailleurs dans le monde, c’est une amende qui est imposée.

J’écoutais les arguments de l’équipe radiophonique et j’étais sceptique. Sceptique non pas des propos. Sceptique de cette façon d’aborder le problème du taux de participation des électeurs. À mes yeux, tout cela me semble tellement évident. Si les gens ne vont pas voter, c’est tout simplement parce qu’ils ne sont pas motivés à le faire. Je m’en excuse. Ce n’est pas de ma faute.

Prenons le dossier de la CDPQ, la commission Oliphant, les déboires de la SHDM, est-ce que tout ça donne le goût d’aller voter? Oh! Je sais! Vous allez me dire que oui! Ça donne le goût d’aller mettre tout ce beau monde à la porte. Je suis bien d’accord mais lorsque l’alternative ne donne pas plus confiance, qu’est-ce que tu fais? Personnellement, j’ai l’impression que c’est un peu normal que les gens n’aient pas le goût d’aller voter. Je ne pensais pas que… Je m’excuse! Ce n’est pas de ma faute.

J’étais sceptique hier matin en écoutant la radio parce qu’on a tendance à chercher des solutions pour contourner certains problèmes. Revenons au dossier de la Caisse, j’ai l’impression que nous sommes en train d’oublier un grand pan du scandale. Parce que comme vous le savez trop bien, le problème de la CDPQ n’est pas la perte de 40 milliards de dollars. Le problème de la CDPQ n’est pas la quantité de PCAAs dans le portefeuille. Le problème n’est pas non plus les bonus versés aux gestionnaires. Ni d’ailleurs le fait que Monsieur Rousseau ait quitté avant The Perfect Storm. Non ce n’est pas ça le problème de la CDPQ. Je m’excuse! Ce n’est pas de ma faute.

Le problème de la CDPQ, c’est d’avoir caché les pertes à venir lors des dernières élections. Petites cachoteries qui auront permis au parti Libéral de se faire élire avec une majorité. Le problème de la CDPQ, c’est d’avoir laissé trainer les choses pour ne pas nommer de PDG avant que le pot aux roses ne soit révélé. L’avantage est que pendant ce temps-là, personne ne pouvait rendre des comptes. Le problème de la CDPQ, c’est d’avoir eu une révélation en voyant le CV du prochain PDG. Ce qui a permis d’engager la révélation en ne respectant pas le processus de nomination usuel. Je m’excuse! Ce n’est pas de ma faute

Le problème de la CDPQ, c’est comme imposer aux gens d’aller voter. On ne parle plus du vrai problème. Et c’est important d’en prendre conscience. C’est souvent la même chose dans les entreprises. Souvent, les employés soulèvent des problèmes et les gestionnaires font la sourde oreille. Combien d’employés sont frustrés de ne pas être entendus? Combien d’employés à qui on n’accorde pas d’importance à ce qu’ils ont à dire de l’organisation? Combien d’employés obligés de rafistoler leurs équipements de travail parce que l’argent est dédié à autre chose? Je m’excuse! Ce n’est pas de ma faute.

Est-ce normal que les électeurs n’aient plus le goût d’aller voter? Normal? Non, mais je comprends très bien leur manque de motivation. Est-ce normal que des employés ne soient pas motivés à donner le meilleur d’eux-mêmes? Normal? Non, mais je comprends également leur manque de motivation.

Lorsque les gens ne sont pas motivés à accomplir une tâche, ce n’est pas en les forçant d’une façon ou d’une autre que cela va les inciter à le faire. La meilleure façon de motiver les gens, c’est de se demander, c’est quoi le problème!

Et d’y trouver une vraie solution, évidemment.

.

samedi 16 mai 2009

CDPQ VS l'auteur Mario Pelletier

La saga de la CDPQ se poursuit de plus belle. Hier la Caisse a envoyé une mise en demeure à la maison d’édition Carte Blanche selon Radio-Canada. Pourquoi? Pour que soit retirer des tablettes des libraires le livre de Mario Pelletier, La Caisse dans tous ses états. Madame Hélène Trudel-Tessier, directrice de Carte Blanche avoue avoir été effrayé par la mise en demeure. Je la comprends, la CDPQ et Carte Blanche, c’est David contre Goliath. Dans les circonstances, on a demandé aux libraires d’obéir à la demande de la CDPQ.

Ironiquement, on pourrait dire que The Perfect Storm n’a pas fini de nous écheveler. Vue sous l’angle du leadership, la situation est tout simplement consternante. À défaut d’avoir perdu 40 milliards de dollars, la CDPQ en est rendue à censurer les auteurs. Désolé mais est-ce cela avoir du leadership? Faire peur aux gens? Il me semble que lorsqu’on n’a rien à se reprocher, on n’a pas besoin des tribunaux pour justifier nos actions.

Sincèrement, tout ça n’a plus de bon sens. Il y a des gens qui ont fait des erreurs. C’est clair. Vient un moment donné où il faut arrêter de se cacher derrière toutes sortes de paravents (CDPQ – Paravent de belles paroles). Viens un moment où l’on doit dire les choses telles qu’elles sont.

Oui! On a foiré. On a acheté des PCAAs. On pensait faire le pognon avec ça. Les marchés étaient en folies. On voyait des rendements mirobolants avec ces produits. On avait réussi par les années passées. On voulait réitérer les mêmes performances. D’autant plus qu’on recevait des sacrés beaux bonus lorsque les résultats étaient au rendez-vous. Mais bon, la suite des choses ne s’est pas passée comme on le pensait. Tout s’est écroulé à la bourse. On n’a pas été en mesure de sauver les meubles. Merde! On s’est fait baiser pas à peu près. Le pire c’est que c’est arrivé avec l’argent des fonds de pension des employés de l’état et des contribuables.

Prenez le livre que vous voulez sur le leadership, c’est ce que vous allez y trouver. Il faut de la transparence pour avoir du leadership. Il faut être honnête. Il ne faut pas avoir peur de dire qu’on s’est trompé. C’est comme ça que l’on construit la confiance avec ceux qui devraient normalement nous seconder et nous suivre.

Non ce n’est pas compliqué le leadership. Du moins, ce n’est pas compliqué à lire et à comprendre. Là où ça devient compliqué, c’est dans l’application. Et que c’est difficile d’admettre qu’on s’est trompé. Ce l’est probablement encore plus lorsque de nos actions découlent des pertes de 40 milliards de dollars.

Aujourd’hui, la CDPQ revient sur sa mise en demeure. Elle affirme maintenant qu’elle ne veut pas empêcher la publication du livre de Monsieur Pelletier. Par contre, elle demande qu’il se rétracte sur ce qu’il a dit concernant les états financiers de la CDPQ. En entrevue à Radio-Canada, l’auteur a dit qu’il n’a pas l’intention de se rétracter étant donné qu’il ne parle pas des états financiers dans son livre.

Leadership! Avez-vous dit leadership? Si vous voulez mon avis, évitez de vous mettre dans une situation semblable à celle qui prévaut actuellement à la Caisse de dépôt. Si jamais vous faites une faute monumentale, admettez-le tout simplement. Cela va peut-être vous coûter votre emploi. C’est possible. Mais au moins, vous aurez l’honneur d’avoir été intègre envers vous et les autres.

C’est ça avoir du leadership. C’est être capable de marcher la tête haute non pas pour donner une impression de confiance en soi. C’est être capable de marcher la tête haute parce qu’on est intègre envers soi et ceux qui nous entourent.

.

dimanche 5 avril 2009

Sabia et les techniques de gestion

Comme vous le savez probablement, lorsqu’il est question d’apprendre de nouvelles aptitudes, je préfère et de loin, parler de ce qui ne faut pas faire. En fait, je suis convaincu qu’il est plus efficace d’apprendre le leadership par des exemples à ne pas imiter. À l’instar du frère de l’autre, je dirais même plus, j’ai la certitude que pour changer nos comportements, il est plus efficace de voir ce qu’on ne doit faire que ce qu’on devrait faire. Ceci étant donné qu’il est plus facile de changer nos paradigmes lorsqu’on se reconnaît dans les comportements à proscrire.

Cette semaine, dans les exemples à ne pas imiter, la palme revient à Monsieur Sabia, Michael Sabia. Vendredi dernier, il nous a offert un excellent cours de leadership alors qu’il déambulait sur le trottoir avec son nouveau collègue, Monsieur Tessier. En plus de la pertinence de l’enseignement, je ne peux passer sous silence que le cours était tout à fait gratuit!... Gratuit dans le sens de… Heuuu… Gratuit!.. Gratuit?... D’accord je l’avoue, il m’aurait été difficile de ne pas ajouter une petite touche éditoriale à cette chronique mais je vous le promets, c’est la seule que je ferai cette semaine… Heuuu… Est-ce qu’on peut s’entendre pour aujourd’hui… ou pour ce paragraphe? C’est long une semaine!

S.V.P.! Messieurs Dames. Passons sans plus tarder aux choses sérieuses. Je vous invite donc à regarder immédiatement le très bon reportage vidéo (version texte) d’Annie Dufour de la chaine Argent. Après visionnement, vous trouverez ci-dessous un résumé des apprentissages, le tout évidemment, sous l’angle du leadership! Avez-vous dit leadership?

La technique du coup de vent
Il est fort probable que vous ayez déjà entendu l’expression suivante : il est passé comme un coup de vent. C’est généralement le commentaire des employés lorsque leur supérieur n’est pas accessible. Vous connaissez? Le gestionnaire toujours à la course d’une réunion à l’autre et qui ne prend jamais le temps de répondre aux questions? Souvent, ces gestionnaires sont surpris que les choses n’avancent pas assez vite autour d’eux. Ils sont surpris pourtant, il n’y a rien de surprenant. Les projets n’avancent pas étant donné que les employés n’ont pas de réponse à leurs questions. Conséquemment, ne sachant trop ce qu’ils doivent faire, ils tergiversent. Et l’entreprise passe à côté de ses échéanciers.

Dans la vidéo, on voit très bien que Monsieur Sabia maîtrise de façon exemplaire la technique du coup de vent. De plus, remarquez la distance qu’il impose à la journaliste. Dès le début de leur entretien, il se tient loin d’elle par tous les moyens. Il passe de l’autre côté de la boîte aux lettres. Par la suite, il y a le module de paiement des parcomètres. Les arbres suivent ainsi que les lampadaires, sans oublier la borne-fontaine. Remarquez la journaliste qui doit se faufiler au pas de course, à gauche à droite, entre les obstacles sur son chemin. Observez également sa manipulation du micro pour éviter tout ce qu’elle croise. Jusqu’au prochain coin de rue, presque impossible pour elle de se rapprocher de Michael Sabia. On le comprend, la technique du coup de vent n’est pas l’exemple à suivre pour celui qui aspire au leadership.

La technique de la supériorité
Bien entendu, lorsqu’on monte dans une hiérarchie, sociale, professionnelle ou autre, c’est généralement parce qu’on est compétent (NDLR Vous pouvez d’ailleurs en parler avec d’ex-employés de Bell ou actionnaires de BCE). Dans le monde des affaires, c’est également parce qu’on est intelligent! Du moins, certains le croient ou en viennent à se croire. Pour ces derniers, lorsqu’ils montent dans la hiérarchie, ils comprennent que leurs interlocuteurs n’ont généralement pas les compétences nécessaires pour converser avec eux. C’est à ce moment qu’ils peuvent leur répondre n’importe quoi ou presque. Voyons comment ça se passe.

Annie Dufour : Ça va bien?
Michael Sabia : Oui ça va.
A.D : Où vous en allez?
M.S : Ah oui, juste pour déjeuner avec Monsieur Tessier
Robert Tessier : On va se promener (NDLR : !!!)
A.D : Comment ça se passe jusqu’à maintenant?
M.S : Oh ça va. Ça va. Ça continue oui
A.D. : Est-ce que…
M.S : Nous avons des choses à faire (NDLR On l’espère avec 120 milliards $ à gérer!!!)

L'adage dit qu'une image vaut mille mots. Dans ce cas, quelle est la valeur de cette vidéo?

La technique du faux-semblant
Vous l’avez peut-être compris de vous-même, la technique de la supériorité est très efficace lorsque les questions sont plus ou moins précises. Si la situation se corse par contre, il faut alors passer à une autre technique, celle du faux-semblant. Pour votre apprentissage, Monsieur Sabia nous offre également une démonstration de cette technique.

A.D : Est-ce que… Est-ce que…
A.D : Qu’est-ce qui vous a motivé à laisser aller vos bonis puis toutes vos primes?
M.S : Parce que je pense que la Caisse est une institution québécoise énormément importante. Donc c’est un honneur pour moi d’essayer de faire une contribution à la croissance à la Caisse. Donc pour moi c’est quelque chose énormément important. (NDLR Désolé, aucun papier-mouchoir n’est fourni avec le texte.)
A.D : Alors…
M.S : Merci Madame
A.D : Ah vous allez chez Power Corp?
M.S : Oh c’est juste seulement pour un petit déjeuner.

Comme vous pouvez le noter, il est toujours possible de revenir à la technique de la supériorité lorsque celle du faux-semblant n’est plus pertinente.

Discussion
Bien sûr, certains vont croire que le comportement de Monsieur Sabia était approprié étant donné qu’il était attendu par des gens importants; il allait rencontrer le Québec Inc. À leurs yeux, son attitude cavalière sera justifiée par le fait qu’il n’avait pas le temps de répondre à une journaliste qui arrive à l’impromptue. Mais je suis désolé pour eux, ce n’est pas la bonne façon de voir les choses.

Un gestionnaire qui désire avoir du leadership auprès de ses subalternes se doit, avant toute chose, d’être accessible. Pour être un leader, un gestionnaire doit comprendre que la priorité, c’est de répondre aux questions et non pas d’aller voir ses amis.

Pour être un bon leader, Monsieur Sabia aurait dû ralentir le rythme afin que la journaliste n’ait pas à courir à ses côtés (NDLR D’ailleurs, c’est un manque de galanteries pour la gent féminine qu’il ne l’ait fait.). Il aurait également fallu qu’il prenne le temps de répondre à ses questions. Il aurait pu s’arrêter quelques minutes pour faire le point même si cela n’était pas prévu à son agenda. En ce sens d’ailleurs, le rôle du leader, c’est d’être apte à gérer les imprévues. La présence de la journaliste en était un. Il faillait réagir correctement.

Pourquoi répondre aux questions? Parce que c’est la crédibilité du gestionnaire qui est en cause. Parce que ce n’est pas pour 2 minutes de retard qu’une réunion va tomber à l’eau. Pour devenir un leader, il faut inspirer confiance. Un gestionnaire laconique passe pour quelqu’un qui a des choses à cacher. C'est vrai que sur ce point, Monsieur Sabia, tout comme le processus de sa nomination... Que disais-je!?!

Conclusion
Ce reportage est un excellent cours de leadership en ce qui à trait aux choses à ne pas faire. Je vous invite à le regarder de nouveau. Je suis certain que vous y trouverez d’autres techniques et attitudes que vous jugerez inappropriées pour un gestionnaire. Il y a d’ailleurs plusieurs points que je n’ai pas abordés afin que cette chronique ne ressemble à une encyclopédie! En fait, cette vidéo parle d’elle-même. Et si par hasard vous ne voyez rien d’irrégulier dans la façon de faire de Monsieur Sabia, je suis encore une fois désolé. C’est probablement que vous êtes passé maître dans les techniques de gestion.

.

dimanche 15 mars 2009

CDPQ The Perfect Storm Analysis

Si vous vivez au Québec et avez connaissance de la perte de près de 40 milliards $ de la CDPQ, vous savez que lundi dernier, Henri-Paul Rousseau (HPR) a donné une conférence à la Chambre de Commerce du Montréal Métropolitain. Rendons à César ce qui appartient à César, Henri-Paul Rousseau est un orateur hors pair. Orateur hors pair et bien entendu, financier hors pair.

Personnellement, je dois l’avouer, j’ai été ébahi par sa façon de manier les mots, comme les chiffres. À certains moments lors de son allocution, j’étais subjugué par son éloquence et la simplicité avec laquelle il présentait le compliqué. Mais comme vous vous en doutez probablement, je suis revenu à la réalité au moment où j’ai réalisé que monsieur Rousseau était assurément quelqu’un qui a du leadership! Avez-vous dit leadership?

Si vous avez un intérêt pour la chose, laissez-moi vous dire qu’il y en a des leçons de leadership à retirer de l’allocution et la conférence de presse de Monsieur Rousseau. En fait, il y a beaucoup à apprendre lorsqu’on remet ses propos dans leur contexte global, la perte de près 40 milliards $ de la CDPQ (Caisse de dépôt et placement du Québec). Une remise en contexte nécessaire si on veut comprendre son intervention médiatisée à sa juste valeur. À sa juste valeur, sans jeu de mots de ma part!... 40 milliards, valeur, jeu de maux Ouups! de mots… Vous me suivez!

Trêve de plaisanterie, la remise en contexte que je vous propose est nécessaire car le leadership est avant tout un pouvoir d’influence. Une influence qui prend forme par l’entremise d’une multitude de petits ou grands éléments, circonstances, faits ou facteurs qui contribuent chacun à leur manière, de façon importante ou non, à l’aptitude d’un individu à influencer les autres. Et à entendre les réactions des gens venus écouter les propos de HPR lundi dernier – à ne pas confondre avec High public relations soit dit en passant – on doit admettre qu’il a de très bonnes aptitudes pour le sujet qui nous intéresse.

Le leadership est un phénomène d’influence à la fois simple et complexe. Il est simple lorsqu’on ne regarde que son effet global. Par exemple, prenons Obama. Notre première réaction lorsqu’on le voit est : Wow!, peut-on le cloner pour en avoir une copie ici même au Canada et pourquoi pas tant qu’à y être, une autre au Québec! Mais comme vous le savez, le clonage humain n’est pas pour demain. Ce qui explique peut-être que le leadership est complexe lorsqu’on s’attarde à le comprendre dans ses derniers retranchements afin de pouvoir le reproduire au meilleur de nos connaissances.

Comme vous le savez, je suis un homme dévoué à la cause et je ne recule pas devant les défis. Dans les circonstances, afin de mettre en lumière de façon explicite quelques-uns des facteurs qui favorisent le leadership, j’ai subdivisé cette chronique en une série d’articles où chacun d’eux abordera un volet du leadership soit : l’éloquence, le sens critique, les alliances et finalement, non le moindre, les jeux enjeux. Cliquez sur l’un des liens ci-dessous selon votre préférence pour lire la suite de cette chronique. Je vous suggère toutefois de lire le tout, chronologiquement.

CDPQ – The Perfect Storm Analysis
The Perfect Storm : Éloquence
The Perfect Storm : Sens critique
The Perfect Storm : Les Alliances
The Perfect Storm : Jeux-enjeux
The Perfect Storm : Final Act

.

The Perfect Storm: L'Éloquence

Comme je le mentionnais en introduction, Henri-Paul Rousseau est un orateur hors pair. Il en a mis plein la vue à ceux qui étaient venus l’entendre. Il en a fait tout autant à ceux qui comme moi, ont regardé son allocution en direct sur RDI. Si vous voulez avoir de l’influence sur les autres, vous devez être convaincant et la meilleure façon d’y parvenir, c’est évidemment de manier les mots comme l’a fait HPR pour les intimes.

Comment atteindre ce niveau d’éloquence? 1- par la préparation. 2- par la préparation. 3- par la pratique. 4- encore la pratique. Si vous voulez faire des réunions, des rencontres ou des allocutions qui jettent par terre votre auditoire, préparez-vous et pratiquez-vous. Et refaites-le encore et encore. Pour parler de la déconfiture de 40 milliards de dollars à la Caisse de dépôt, soyez assurés que HP n’a lésiné ni sur la sauce, ni la préparation! En fait, toute sa présentation était réglée au quart de tour.

Pourquoi se préparer? Pourquoi se pratiquer? Dans un premier temps, cela permet d’améliorer la fluidité du message. Une allocution est fluide lorsque les idées s’enchaînent dans une suite logique. C’est une évidence, il serait drôlement difficile de construire une maison en commençant par le toit. C’est la même chose avec l’éloquence. Un orateur sera d’autant plus éloquent que son auditoire n’aura à faire d’effort pour comprendre ses idées.

Dans un deuxième temps, la préparation et la pratique permettent de trouver les bons mots et la bonne façon de les agencer pour exprimer ce qu’on a en tête. Je vous donne un exemple avec la dernière phrase du paragraphe précédent. Un orateur sera d’autant plus éloquent que son auditoire comprendra facilement ses idées. Vous voyez la différence? Un autre bénéfice de la préparation et la pratique est de permettre de trouver les mots et les phrases qui se calquent au langage parlé (syntaxe et vocabulaire) de l’orateur.

La préparation et la pratique permettent de trouver les bons mots, elles permettent également de trouver les phrases ou les expressions-chocs : "En octobre dernier est arrivé The perfect storm". "Ça monsieur, ça demeure un mystère de la vie". Voilà deux formules-chocs utilisées par Henri-Paul Rousseau lundi dernier.

À quoi servent les formules-chocs? Dans un premier temps, à séduire l’imaginaire de l’auditoire, The Perfect Storm. La tempête parfaite! C’est presque divin. Qu’auriez-vous fait à ma place devant cette fatalité? Non messieurs, dames, il n’y avait rien à faire. C’était inévitable… Ce qui revient à dire, «je n’ai rien à voir avec les pertes de la CDPQ et la déconfiture des marchés qui ont touché l’ensemble de la planète».

La formule-choc est également très utile dans ce qu’on appelle la répartie. Il n’y a rien de mieux qu’une formule-choc bien utilisée au moment propice pour couper l’herbe sous le pied d’un interlocuteur : "Ça monsieur, ça demeure un mystère de la vie." – pour expliquer que les PCAA vendus au Canada ont trouvé preneur principalement au Québec. En mode répartie, la formule-choc doit être exprimée sur un ton assuré tout en quittant le regard de l’interlocuteur.

Que voulez-vous argumenter contre un mystère de la vie? Avec une formule-choc bien placée, le temps qu’il faut à l’interlocuteur pour réagir sera assurément trop long puisque déjà, celui qui la prononce correctement a tourné le regard ailleurs. L’interlocuteur ne peut alors comprendre qu’une chose : il s’est fait battre. Il a l’air d’un amateur qui vous arrive à peine à la cheville. Vaudrait mieux alors qu’il se taise.

Si vous voulez avoir du leadership auprès des autres, vous n’avez pas le choix, vous devez être éloquent lorsque vous ouvrez la bouche. Pour le devenir, vous n’avez pas le choix : préparation, préparation, pratique, pratique. Et si vous doutez de l’importance de la préparation et de la pratique, il aurait fallu que vous remarquiez que monsieur John Parisella était assis juste en face de Monsieur Rousseau à la table d’honneur lundi dernier. Dois-je rappeler que Monsieur Parisella est un expert en communication et en gestion de crise? Ce qui démontre peut-être qu’il y a probablement plus de mystère de la vie qu’on le pense!

CDPQ – The Perfect Storm Analysis
The Perfect Storm : L'Éloquence
The Perfect Storm : Sens critique
The Perfect Storm : Les Alliances
The Perfect Storm : Jeux-enjeux
The Perfect Storm : Final Act

.

The Perfect Storm: Sens critique

Après l’éloquence, l’aptitude à acquérir pour développer son leadership est indéniablement le sens critique. Pourquoi le sens critique est-il si important? Cela va de soit, il est indispensable pour percevoir et déceler ce que l’éloquence cherche parfois à cacher.

Je ne veux rien enlever à la qualité de la présentation d’Henri-Paul Rousseau mais alors que je l’écoutais, j’ai pensé au vendeur de logiciels que j’ai rencontré il y a quelques années dans une PME où j’étais directeur de production. Notre entreprise évoluait dans le secteur de l’aéronautique principalement par l’entremise du développement et la production de composantes faites sur mesure pour nos clients. Pour répondre à notre marché cible, tous mes collègues évoluaient dans un monde propre à la R&D. J’étais le seul à avoir une expérience tangible des opérations manufacturières.

Avant mon entrée en fonction, l’entreprise avait acheté un logiciel ERP depuis plusieurs mois sans jamais l’avoir utilisé ni même installé sur les ordinateurs. Une fois que j’ai eu complété un tour d’horizon afin de comprendre les processus de l’entreprise, il a été convenu de relancer le projet ERP. Nous avons donc invité le vendeur afin qu’il nous présente à nouveau son logiciel et surtout, que je puisse en prendre connaissance.

Après les salutations d’usage, le représentant a commencé sa présentation. Dans le temps de le dire, il cliquait à gauche à droite, ouvrait un menu pour montrer l’utilité d’une fonction. En ouvrait un autre pour signaler les liens entre différentes fonctionnalités, etc. Mes collègues étaient impressionnés par les capacités du logiciel et imaginaient plein de possibilités qui faciliteraient notre travail. Tout semblait prometteur jusqu’au moment où j’ai commencé à poser des questions au représentant. Autant son logiciel semblait fantastique, autant il aurait fallu investir à nouveau afin de développer les fonctionnalités qui répondraient à nos besoins. Et que dire des nombreuses fonctionnalités comportant des paramètres limitatifs pour nos données!

En résumé, ce logiciel n’était nullement adapté à nos opérations quotidiennes. Pour autant, lorsqu’on regardait la présentation du représentant, tout semblait fantastique. Pourquoi? Parce le vendeur était préparé pour nous faire un spectacle. Il était préparé à nous en mettre plein la vue. Il était éloquent tout au long de sa présentation. Il connaissait son produit et savait ce qu’il pouvait faire et ce qu’il ne pouvait faire. Croyez-vous que sa présentation mettait l’emphase sur les lacunes de son produit?

Croyez-vous que monsieur Rousseau a parlé des lacunes de sa gestion au cours des 5 années à la tête de la CDPQ? Outre la quantité de PCAA acheté sous sa gouverne dont il a pris la responsabilité, tout le reste des pertes seraient dues à ce qu’il a décrit comme étant The Perfect Storm. De plus, comme l’expliquait monsieur Rousseau, il a quitté la CDPQ en mai, bien avant octobre 2008 où la tempête parfaite a frappé. Jamais lors de son départ HPR n’aurait pu prédire ce qui allait arriver comme il l’a mentionné.

Comme l’expliquait un journaliste à Radio-Canada un peu plus tard dans la journée et comme plusieurs savent, la débâcle financière a pris forme dès la mi-2007 aux États-Unis. Bien sûr, personne n’a prédit l’ampleur du désastre à venir. Toutefois, nombreux étaient les experts financiers qui avaient les yeux braqués sur leur radar afin de tenter de prévenir les dégâts. Ce qu’ils n’ont pu réussir comme on peut le constater. Et encore moins ceux qui ont quitté pour des cieux plus cléments avant la débandade financière…

Le sens critique est essentiel lorsqu’on veut exercer du leadership. Il l’est encore plus lorsqu’on ne connaît pas le domaine qui nous est présenté. Le sens critique se développe par la mise en perspective des propos, arguments, faits et gestes. La meilleure façon de le mettre en œuvre est d’acquérir de l’information juste et objective. D’ailleurs, un bon sens critique exige de l’objectivité. Plus on est apte à être objectif devant les faits, plus notre sens critique contribuera à notre leadership face aux autres.

CDPQ – The Perfect Storm Analysis
The Perfect Storm : L'Éloquence
The Perfect Storm : Sens critique
The Perfect Storm : Les Alliances
The Perfect Storm : Jeux-enjeux
The Perfect Storm : Final Act

.

The Perfect Storm: Les Alliances

Peut-être l’avez-vous remarqué précédemment, l’éloquence et le sens critique, deux aptitudes qui favorisent le leadership, peuvent parfois jouer l’une contre l’autre. Effectivement! Il peut arriver que l’éloquence d’un individu soit utilisée dans le but de berner le sens critique d’un autre. Différentes circonstances peuvent motiver une personne à utiliser sciemment ou non l’éloquence, mais le plus souvent, on perçoit ce stratagème là où il y a des alliances.

À noter que j’utilise le terme alliance dans le sens de connivence; là où il y a un sentiment d’appartenance par exemple, appartenance à une idéologie, politique ou d’affaires. Dans ce contexte, ce qui est particulier avec les alliances, c’est qu’elles biaisent consciemment ou non le sens critique d’un individu. Lorsqu’il y a alliance, on en vient à donner plus d’importance soit à l’éloquence soit au sens critique dépendamment du groupe auquel on adhère. D’une certaine façon, les alliances rendent subjectif notre sens critique. Une subjectivité qui, cela va de soit, va à l’encontre de l’objectivité qu’exige le sens critique comme je l’ai mentionné plus tôt.

Comment peut-on déceler une alliance et par le fait même, de la subjectivité chez notre interlocuteur? Évidemment, en utilisant objectivement notre sens critique. Mais encore, les alliances et la subjectivité sont généralement présentes lorsque l’on perçoit de l’éloquence ou des formules-chocs. Je vous donne quelques exemples.

Après la conférence d’Henri-Paul Rousseau, un ancien premier ministre était interrogé par un journaliste. Ce dernier lui demandait si selon lui, on allait encore entendre parler de la déconvenue de la CDPQ. La réponse était conforme à ce qu’une alliance commande : "Si je me fie aux nombres que vous êtes ici, sûrement que oui". Une réponse qui comme il se doit, est une éloquente formule-choc. Tout dans la réponse avait été dit : Vous n’êtes là que pour chercher des problèmes là où il n’y en a pas.

Pour sa part, également interrogé par un journaliste, un autre ancien premier ministre a donné son point de vue de la façon suivante : "Tout a été dit, on ne devrait pas faire de commission parlementaire parce que cela va perturber les employés de la Caisse. Il serait préférable qu’ils puissent se concentrer sur le travail à faire". Sans être une formule-choc, cette éloquente réponse n’est nullement objective. Elle nous invite à passer à autre chose. Elle propose de cesser de chercher ce qui s’est réellement produit à la CDPQ. Le problème ici est que cette éloquente réponse laisse sous-entendre qu’il y a peut-être des choses à cacher. Pourquoi ne pas parler ouvertement et sans réserve s’il n’y a rien à cacher?

Cela n’est un secret pour personne, les alliances sont omniprésentes peu importe où l’on se trouve au sein de la société. Le problème des alliances est qu’elles biaisent considérablement le sens critique des individus. Ou bien elle l’atténue au point où on en vient à fermer les yeux sur les actes ou propos d’un collègue. Ou bien elle l’amplifie de sorte que tout ce que l’autre fait ou avance est perçu comme une supercherie. On comprend que dans un cas comme dans l’autre, cela a un impact négatif sur le leadership que l’on peut vouloir exercer.

Il est important de comprendre le rôle des alliances dans le développement du leadership. D’une part, l’absence d’alliance compromet l’émergence du leadership. En contrepartie, la présence d’une alliance trop forte limitera le champ d’action du leadership. Le leadership d’un individu pourra rarement dépasser l’étendue qu’occupe le territoire de ses allégeances politiques (libérale, conservatrice ou social-démocrate) ou sociales (employé, dirigeant ou groupe de pression).

La seule façon que le leadership peut aller au-delà des alliances, c’est soit par une éloquence parfaitement maîtrisé, soit par un sens critique exemplaire donc, par une objectivité indiscutable aux yeux des autres ou, bien entendu, une combinaison de ces deux aptitudes.


CDPQ – The Perfect Storm Analysis
The Perfect Storm : L'Éloquence
The Perfect Storm : Sens critique
The Perfect Storm : Les Alliances
The Perfect Storm : Jeux-enjeux
The Perfect Storm : Final Act

.

The Perfect Storm: Jeux-enjeux

Que sont les jeux-enjeux? Avant tout un jeu de mots mais également une formule-choc : Jeux-enjeux. Mais dans ce cas-ci, une formule-choc non pas pour décontenancer l’autre comme elle est souvent utilisée. Non!, jeux-enjeux est une formule-choc pour susciter la curiosité. Comme quoi la formule-choc peut être utilisée constructivement.

Mais au-delà du jeu de mots, les jeux-enjeux représentent ce qu’on retrouve dans tout ce qu’on peut qualifier être une organisation. Organisation dans le sens bien entendu d’entreprise mais également dans le sens de paliers gouvernementaux (local, municipal, provincial, fédéral, continental et mondial). En fait, organisation dans le sens d’un milieu où des individus se regroupent entre eux et qu’ils interagissent entre eux et entre les groupes.

Jeux-enjeux exprime la réalité du quotidien où chacun se présente dans le but d’obtenir plus de valeur que les coûts qu’il a assumés pour ce qu’il a produit. C’est ce qu’on appelle un profit; un profit au sens large. Un profit dans le sens d’un avantage. Il est important de prendre conscience que c’est dans un environnement de jeux-enjeux, où il y a l’omniprésence du profit, que prend forme le leadership que l’on désire exercer.

Avant d’aller plus loin, il est important de comprendre que le profit dont il est question ici prend différentes formes. Aussi, il faut comprendre qu’il n’est pas toujours immédiat. Le profit auquel je fais référence prend parfois la forme de la crédibilité ou du pouvoir. Le profit dont il est question peut être vu comme faisait partie d’un enchaînement d’événements – un genre de chaine de production – qui fait augmenter graduellement la valeur du profit à venir. Vue autrement, disons que la crédibilité mène au pouvoir qui lui mène au profit. Plus la crédibilité est grande, plus le pouvoir peut être grand et conséquemment autant le sera le profit.

Les jeux-enjeux, c’est l’environnement où se mettent en œuvre l’éloquence, le sens critique et les alliances. Dans notre sport national ici au Québec, le jeu-enjeux serait la rondelle que l’on tente de mettre dans le but adverse. L’éloquence représenterait la facilité qu’ont certains joueurs à manier cette rondelle. Pour leur part, les batailles entre les joueurs symboliseraient le sens critique. Pour ce qui est des équipes, elles font foi des alliances.

Quels étaient les jeux-enjeux de la conférence d’Henri-Paul Rousseau? C’est intéressant de se poser la question car cela fait prendre conscience du volet complexe du leadership. Lorsqu’on prend en exemple l’allocution de HPR à la CCMM, on comprend que les jeux-enjeux dépendent du niveau organisationnel duquel on les regarde. Monsieur Rousseau a mentionné qu’il parlait en son nom. Dans ce contexte, parlait-il pour rétablir sa crédibilité? Voulait-il simplement informer la population?

D’un autre niveau organisationnel, au niveau politique par exemple, plusieurs décriaient son allocution comme étant une commande du gouvernement afin de contrecarrer la grogne croissante au sein de la population. Bien entendu, les partis d’opposition dénonçaient cette conférence comme étant une stratégie gouvernementale.

Au niveau social (population), les jeux-enjeux ont été perçus comme un exercice par lequel le monde des affaires allait justifier leur tendance à utiliser l’argent des travailleurs sans aucun remords. À l’inverse, le monde des affaires voulait confirmer qu’il maîtrise les mécanismes de l’économie et que cela contribue à l’épanouissement de la population. En fait, la démarche cherchait à convaincre que malgré ce qui c’est produit, la population devait faire confiance au monde des affaires.

Avec les jeux-enjeux, on comprend que pour faire preuve de leadership, un individu doit franchir une multitude d’obstacles où tout un chacun tente d’en obtenir plus en sa faveur. Pour bien maîtriser le leadership, il faut bien comprendre les jeux-enjeux dans lesquels on évolue. Il faut également comprendre que ces jeux-enjeux sont modulés par l’éloquence, le sens critique et les alliances entre les uns et les autres.

CDPQ – The Perfect Storm Analysis
The Perfect Storm : L'Éloquence
The Perfect Storm : Sens critique
The Perfect Storm : Les Alliances
The Perfect Storm : Jeux-enjeux
The Perfect Storm : Final Act


.

The Perfect Storm: Final Act

Le leadership est un phénomène à la fois simple et complexe. Simple et complexe lorsqu’il est question de le comprendre. Également simple et complexe dans sa mise en œuvre. Pourquoi en est-il ainsi? Tout simplement parce que le leadership dépend d’une multitude de facteurs qui, souvent, les uns vont à l’encontre des autres.

Tous les jours on peut voir les effets de l’éloquence, du sens critique, des alliances et des jeux-enjeux qui vont les uns à l’encontre des autres. Par exemple, vendredi dernier, le gouvernement a nommé Michael Sabia à la tête de la CDPQ. Une nomination qui a soulevé la controverse de plusieurs intervenants et alliances. En premier lieu et sans surprises, les partis d’opposition qui se sont dit scandalisés. De nombreux analystes politiques ont dénoncé cette nomination. D’anciens hauts dirigeants de la CDPQ ont également avoué être surpris. Bons joueurs toutefois, ils ont donné la chance au coureur.

La semaine dernière, les représentants des TCA ont annoncé qu’ils avaient fait d’importantes concessions au bénéfice de leur employeur, GM, afin que ce dernier puisse demander une aide financière au gouvernement. On parle ici encore une fois de montants qui jouent dans les milliards $. Comme si cela n’était maintenant que du p’tit change.

Quelle est la nature de ces importantes concessions? Un gel des salaires jusqu’en 2012, une suspension du réajustement au coût de la vie des salaires et des rentes de retraite. L’élimination d’une semaine de congé et d’une prime annuelle de 1700$. Ainsi que l’ajout d’une contribution de 30$/mois des travailleurs à leur allocation de maladie. De mon point de vue, des concessions tout simplement risibles compte tenu du contexte économique et des montants demandés auprès du gouvernement.

Comme l’expliquait monsieur Rousseau dans son allocution, le monde financier ne croyait pas possible la déconfiture de l’économie. Le monde financier ne croyait pas possible que le gouvernement des États-Unis laisserait une banque faire faillite : "To big to fail". Si on regarde les «importantes concessions» accordées par les TCA, c’est probablement ce que se disent leurs représentants : To big to fail! Le gouvernement va payer car il ne peut se permettre que l’industrie automobile nord-américaine s’écroule.

Lorsqu’on regarde les nombreux jeux-enjeux présents dans l’actualité, faut-il se surprendre des nombreux appels qui demandent plus de leadership de la part des dirigeants? Absolument pas car nombreux sont les intervenants qui utilisent l’éloquence pour tenter de déjouer le sens critique des autres.

Mais le pire problème auquel fait face l’économie actuellement, c’est qu’ils sont plusieurs à faire comme on le faisait lorsqu’on était enfant. Vous savez, lorsqu’on criait : Il m’a volé mon cochon (tirelire). Il a pris mon auto (jouet). En fait, plusieurs crient à l’aide lorsque le jeu-enjeux ne tourne pas à leur avantage. Après tout, il y aura toujours le gouvernement pour réparer les pots cassés. Parce que comme l’a si bien dit monsieur Rousseau : To big to fail!

Comme mentionné au début de cette chronique, les pertes de 40 milliards $ à la CDPQ sont une excellente occasion pour nous aider à mieux comprendre le leadership. Avec The Perfect Storm, j’ai tenté de mettre en lumière les différents éléments qui rendent le leadership à la fois simple et complexe. Au moment où je fais les dernières retouches à ce texte, un journaliste mentionne que la nomination de Sabia à la tête de la CDPQ semble être une commande politique. Autrement dit, si The Perfect Storm a frappé en octobre dernier, le vent, lui, ne semble pas être sur le point de se calmer.

Simple ou complexe le leadership? Il serait simple si les gens étaient capables de faire preuve de transparence. Mais ça, pour plusieurs, ça semblent être complexe de le comprendre!

CDPQ – The Perfect Storm Analysis
The Perfect Storm : L'Éloquence
The Perfect Storm : Sens critique
The Perfect Storm : Les Alliances
The Perfect Storm : Jeux-enjeux
The Perfect Storm : Final Act

Allocution de monsieur Henri-Paul Rousseau à la CCMM

.

dimanche 1 mars 2009

CDPQ - Paravent de belles paroles

Je vous l’avoue chers lecteurs, cette semaine, je ne sais trop quoi penser. Je ne sais trop par où commencer. L’actualité semble être un puits sans fond d’exemples de leadership à ne pas suivre. Bien sûr, je pourrais regarder les choses par l’autre côté de ma lorgnette et me dire : Wow! C’est fantastique! Au train où vont les choses, j’ai plus de sujets de chronique que j’ai de temps pour en écrire! Mais allez savoir pourquoi, cet angle de vue, au lieu de m’enthousiasmer, me donne l’impression que les organisations tournent en rond. Leadership! Avez-vous dit leadership?

Faut-il se surprendre du manque de leadership dans nos organisations? Absolument pas! Il ne faut pas s’en surprendre car le leadership, ça se développe en partie par l’exemple. Et trop souvent, l’exemple qu’on nous donne n’est que cachoterie et diversions. Cette semaine, l’exemple à ne pas suivre est sans contredit l’annonce des résultats financiers de la CDPQ (Caisse de dépôt et placement du Québec) et tout ce qui l’entoure. Pour vous en convaincre, je vous invite à regarder le reportage d’ouverture du Téléjournal de Radio-Canada mercredi soir dernier*.

(6:22) Commençons avec le "Bien sûr que je suis très déçue de ce qui c’est passé en terme de rendement à la Caisse", de Monique Jérôme-Forget, ministre des Finances. "Bien sûr que je suis navrée parce que perdre 40 milliards de dollars, vous comprendrez que personne (ne) peut se réjouir de ça. Est-ce que je suis responsable de finalement, du choix qui a été fait par les gestionnaires de la Caisse? Non, et la ministre des Finances ne devrait pas s’immiscer dans ces choix. La ministre n’a jamais donné de directives pour obtenir des résultats plus élevés que 7 pour cent, 7 pour cent."

Comme poudre aux yeux, avouez qu’on ne peut avoir meilleur exemple. Le point ici n’est pas de savoir si madame Jérôme-Forget est responsable ou non de la perte de 40 milliards. Le point est de l’entendre dire qu’elle est déçue et navrée de la tournure des événements. Comme si l’annonce faite mercredi dernier était pour elle une révélation. Il ne manquait qu’une petite larme et la musique de fond pour faire un peu plus dramatique.

Cela fait depuis novembre 2008 qu’on sait que la Caisse va faire une perte colossale. C’est effectivement depuis les élections de l’automne où l’ADQ et le PQ tentaient de faire sortir le chat du sac que l’on connaissait l’étendue du gouffre. Dans les circonstances, pouvez-vous bien me dire de quelle planète arrive la souriante Monique pour nous partager ses états d’âme et sa stupéfaction?

À bien y penser, peut-être que madame la ministre a raison, elle n’est pas responsable de ce qui est arrivé à la CDPQ. Elle n’est pas responsable, elle est irresponsable! Et entre nous, croyez-vous vraiment qu’elle est autant déçue et navrée qu’elle le prétend? Remarquez, c’est votre droit de croire ou non au Père Noël! Pour ma part, ce que j’en pense ne peut mieux se résumer que par mon amusant : Leadership! Avez-vous dit leadership?

(4 :30) On pourrait également commenter les pourcentages qu’on aurait supposément communiqués à Madame la Ministre fin novembre début décembre, "…non pas moins 25, moins 18 pour cent…" Mais à quoi bon perdre notre temps avec quelqu’un d’aussi mal informé? Si ses dires étaient vrais, elle devrait aller se cacher tellement son personnel lui communique de la fausse information. C’est une évidence, le seul leadership que peut avoir la Ministre, elle l’utilise pour se faire réélire. Madame la Ministre pense plus à son avenir que celui de ses concitoyens. C’est ce que j’appelle du leadership négatif dans ma conférence Les Pouvoirs d’influence du leadership.

(2 :11) "En quelques jours, en octobre 2008, le monde a basculé dans une crise financière et économique jamais vue depuis 80 ans." (2 :36) "Cet épisode est sans contredit une page difficile de l’histoire de la caisse. " (3 :00) "Ce fut une erreur d’en accumuler autant...", des PCAA (Papiers commerciaux adossés à des actifs). Le problème ici, ce n’est pas d’en avoir accumulé. Le problème est d’en avoir acheté de l’entreprise (Coventree) dont la Caisse était le principal propriétaire, le principal client et le principal prêteur. Mais ça, croyez-vous que Monsieur PDG par intérim l’a mentionné? Leadership! Avez-vous dit leadership?

Faut-il en manquer de leadership lorsque tu n’es même pas capable de parler des vrais problèmes? Et après ça on se demande comment il se fait qu’il manque de leadership dans nos entreprises! Facile à comprendre me semble, lorsque les gens préfèrent protéger leurs millions de dollars en salaire en étant gentil gentil avec lui et avec l’autre, il n’y a pas à chercher pourquoi il manque de leadership dans nos entreprises. On veut des leaders, à condition qu’ils fassent ce qu’on leur dit. On veut des leaders, à condition de garder le contrôle!

Si la Caisse de dépôt investit dans une entreprise et que par la suite, elle achète les produits de cette même entreprise afin de créer un engouement dans le marché, ne vous demandez pas pourquoi Monsieur Rousseau a quitté le navire alors qu’il voyait la tempête arriver à l’horizon. Mais comme Monsieur intérim l’explique, tout ça c’est passé en quelques jours en octobre 2008. Bien sûr, comme si nous allions finir par y croire au Père Noël! Leadership! Avez-vous dit leadership?

Pour terminer, juste pour mettre un peu plus de piquant, n’est-ce pas cette même Caisse de dépôt qui avait vendu des fonds de placement à un certain… quelqu’un qui avait une entreprise où il était également principal propriétaire, principal client et principal prêteur… comme il s’appelait déjà… Vincent chose… ça me revient… je l’ai sur le bout de la langue… Lacroix me semble… Mais à bien y penser, je crois qu’on en a assez pour la semaine. Après tout, The show must go on.

Oufff!, j’ai l’impression d’être en feu cette semaine! C’est vrai que je n’ai jamais vraiment aimé les pseudo-leaders. Vous savez, ceux qui se cachent derrière un paravent de belles paroles!


* : Les chiffres entre parenthèses font référence aux minutes écoulées depuis le début du Téléjournal.