dimanche 23 mars 2008

Abracadabra!

Rien dans les mains, rien dans les manches! Tout dans mes poches! Plus rien dans les vôtres! Avouez qu’il n’y a pas meilleur magicien que les gens de la finance. La semaine dernière, en trois jours, ils ont réussi à faire disparaître près de 3,5 milliards de dollars. Oui, 3 500 000 000 dollars! Si ce n’est pas de la magie, je me demande bien ce que c’est. J’ai comme l’impression que quelqu’un quelque part a manqué de leadership dans tout ça.

Pour les milliards disparus, cela c’est passé dimanche dernier lorsque JPMorgan a sauvé de la faillite Bear Stearns (BS). Sauvé de la faillite, façon de parler. Le vendredi précédent la transaction, BS valait autour de $3,5 milliards; on n’a plus les BS qu’on avait. JPM les a sauvés de la faillite pour $285 millions. Avec un accent anglophone SVP : "Tu veux que Magic Sam va te faire un tour de magie?"**.

Comme vous le savez, tout cela a commencé avec le papier commercial utilisé sous une forme très créative. C’est l’une des dernières trouvailles des gourous de la finance américaine. Ils sont inventifs nos voisins. Très inventifs mais pour ce qui est de la valeur, je dirais qu’ils aiment surtout en créer. En avoir, des valeurs et non pas de la valeur, cela a probablement moins d’importance à leurs yeux. Comme je vous le disais, quelqu’un quelque part a manqué de leadership.

En fait, plusieurs ont manqué de leadership. Plusieurs ont fermé les yeux afin de monter dans la vague de l’appât du gain. Comme si le but était le profit peu importe ce qui se passe, peu importe la façon. Paraît-il qu’il y a des banques qui ne peuvent chiffrer leurs pertes tellement les papiers commerciaux sont un enchevêtrement de… de… de n’importe quoi avec des règles et des montages financiers que seul les magiciens arrivent à comprendre : Rien dans les mains, plus rien dans vos poches!

C’est clair, plusieurs ont manqué de leadership et pour être honnête, cela ne me surprend pas. Combien de gens aie-je pu voir fermer les yeux simplement pour faire partie de la gang? Combien en ai-je vu entrer dans les rangs afin de pouvoir profiter de la manne qui passait sous leurs yeux? Combien n’osent rien dire parce qu’ils attendent le retour de l’ascenseur? Combien dont la pensée se résume par : Qu’est-ce que tu veux faire, c’est comme ça? Combien en avez-vous vu? J’espère que vous n’en faites pas partie. Combien manquent de leadership parce qu’ils ne veulent pas se faire exclure de leur milieu? Leadership! Avez-vous dit leadership?

Comprenez-vous ce volet du leadership? Comprenez-vous que dans la crise du papier commercial, bien des gens n’ont pas osé dire ce qu’ils pensaient réellement de ce véhicule de placement? Comprenez-vous que parfois, il faut arrêter d’auréoler ceux qui n’ont que de belles paroles à offrir? Comprenez-vous que la cupidité peut avoir de grandes conséquences?

Comprenez-vous que pour exercer du leadership, il faut avoir l’œil ouvert? Il faut demeurer critique à l’égard de ceux qui ont de grands projets et de belles idées. Il faut être capable d’identifier ceux qui embellissent les choses sans entrer dans les détails. Il faut flairer ceux qui ne cherchent qu’à réaliser leurs ambitions personnelles. Il faut reconnaître ceux qui n’ont rien dans les mains, rien dans les manches mais tout dans les poches.

Le leadership, ce n’est pas dire que c’est dommage. C’est agir pour que les dommages n’est pas lieu. Pour exercer du leadership, il ne faut pas seulement créer de la valeur. Il faut aussi en avoir; en avoir ailleurs que dans les poches! Abracadabra!

**Ok! T'as pas aimé le tour de magie de Magic Sam. Pas grave. Magic Sam a plein de tours de magie. Tu veux que Magic Sam te fasse 5 fois plus de magie? Tu sais que Magic Sam veut que tu sois heureux? Ok, vu que t'es pas content, Magic Sam va t'en faire 5 fois plus des tours de magie. De toute façon, tu sais que Magic Sam, y a fait la bonne affaire. En tout cas, si tu le sais pas, Magic Sam, lui, il sait. Ok! là, regardes bien mes mains...

dimanche 16 mars 2008

So! So! So!

So! So! So! Solidarité! N’ayez crainte, Messieurs, Dames, je ne suis pas encore viré capot. Malgré les bienfaits du syndicalisme au début de l’ère de l’industrialisation - personne n’osera contester les abus de certains patrons à l’égard de leurs employés - je demeure un éternel perplexe face aux méthodes préconisées par les dirigeants syndicaux. Cette semaine, suite à l’arrêt de quelques usines d’assemblage d’automobiles en Ontario, j’ai pu entendre Monsieur Hargrove : "On ne fera pas de concessions sur nos acquis durement gagnés!". Évidemment, la phrase magique s’est illuminée dans mon esprit…

L’industrie automobile américaine croule sous les dettes et perd des parts de marché trimestre après trimestre. Mais cela ne semble pas émouvoir Monsieur Hargrove. Comme tout bon dirigeant syndical, il alimente la hargne contre les Bip! Bip! Bip! d’exploiteurs. « Les gars, on ne se laissera pas manger la laine sur le dos. », pourrait-il dire s’il était québécois. Comment un dirigeant peut-il mobiliser ses troupes pour aller directement vers le mur?

Si vous me le permettez, je dirais que le syndicalisme est aux entreprises ce que le CO2 est pour l’environnement. Sans changements à 180 degrés, l’un et l’autre vont nous mener droit vers un point de non-retour. Pourquoi les dirigeants syndicaux refusent-ils de voir cette évidence?

C’est une belle démonstration de leadership que j'appelle négatif. Monsieur Hargrove exerce du leadership pour se servir. Il sait qu’en alimentant les croyances des travailleurs, il pourra se maintenir en poste. En alimentant les croyances, il sait que les travailleurs vont lui dire : Vas-y Buzz, va leur dire à ces ?##!##! de boss qu'ils n'auront pas notre peau! So! So! So! Solidarité!

Pourquoi alimenter de fausses croyances? À quoi bon garder les employés dans un nuage de demi-vérités? Pourquoi ne pas chercher à exercer un leadership positif afin que tous puissent devenir autonomes et conscients des réels enjeux? Parce qu’on croit qu’ils ne sont pas assez intelligents pour comprendre?

Voyez-vous, le leadership peut être un phénomène fort simple. Entre autres, il demande une sincère intégrité. Les grands leaders sont ceux qui font confiance à ceux qui les entourent. Ils sont capables de communiquer la réalité telle qu’elle est. Les grands leaders ne cherchent pas à manipuler les autres au contraire, ils cherchent à les rendre autonomes avec un esprit critique et réaliste. En fait, les grands leaders savent que :

Ce n’est pas parce qu’on nous suit qu’on va dans la bonne direction! So! So! So! Solidarité?

N.B. : Pour en savoir plus sur le leadership négatif et positif, ce que j’appelle l’Orientation du leadership, je vous propose de venir entendre ma conférence Leadership et paradigmes.