dimanche 11 novembre 2007

Perspective

Encore une fois cette semaine, juste pour vous, j’ai glané l’actualité pour trouver des exemples d’un autre volet du leadership. Mon plaisir fut à son comble lorsque les planètes s’alignèrent vers l’un de mes adages favoris : mettre les choses en perspective. Eh oui, ça et là, nos personnalités publiques nous ont fait part de leur aptitude à mettre les choses en perspective.

Cela va de soi. Peu importe ce que l’on fait, peu importe où on se trouve, peu importe les gens qui nous entourent ou nous écoutent, il faut avant tout être crédible si on aspire à exercer du leadership. Bien entendu, la crédibilité d’un individu dépend de plusieurs facteurs entre autres, sa capacité à s’exprimer correctement, la qualité de sa relation avec les autres, la confiance que lui accorde son entourage ou encore, son lien hiérarchique auprès de ses pairs. Mais plus important encore, c’est l’aptitude à mettre les choses en perspective qui assure l’émergence d’un leadership fort et mobilisateur.

Les aléas de la semaine nous mènent aux élections scolaires même si les résultats nous laissent indifférents. À vrai dire, c’est le taux de participation qui fait augmenter (ou l’inverse) notre rythme cardiaque. À peine huit pour cent de la population en règle s’est prévalue de son droit de vote à la dernière élection. Vous avez probablement eu écho du débat qui a suivi.

Entrons en matière avec le président de la fédération des commissions scolaires qui a cru à propos de faire un parallèle entre la situation en Afghanistan et le rôle essentiel des commissions scolaires. "En Afghanistan, on se bat pour instaurer une démocratie. Lorsqu’on en a une, il faut la préserver". Comme perspective, je ne pouvais mieux trouver! Comparer la guerre en Afghanistan et la lutte aux extrémistes avec la raison d’être des commissions scolaires, il y a, disons, un pas à ne pas franchir. Mot clé : jugement.

Toujours dans la mouvance des commissions scolaires, on a eu droit à la motion de censure déposée par Mario Dumont, le chef de l’Action démocratique. Pour se justifier, monsieur Dumont a mentionné le manque de sérieux du gouvernement face aux taux de décrochage scolaire chez les jeunes. Selon lui, les commissions scolaires sont devenues une instance inutile dans le système éducationnel et à ses yeux, le manque d’initiative du parti Libéral a assez duré. Dans les circonstances, monsieur Dumont croit à propos de faire tomber le gouvernement. Mot clé : stratégie.

Comme on peut voir dans les deux exemples précédents, notre façon de mettre les choses en perspective peut avoir un grand impact sur la perception des autres à notre égard. D’une part, elle peut démontrer un manque de jugement. D’autre part, elle met en évidence des intentions, sinon des ambitions, personnelles.

Le leadership repose sur une relation de confiance entre un leader et ses proches. L’aptitude à mettre les événements en perspective est l’un des éléments qui nourrit cette confiance. Pour mettre les choses en perspective, il faut certes du jugement et de l’objectivité mais souvent, c’est les stratégies personnelles, avouées ou non, qui minent notre aptitude à mettre correctement en perspective les événements. Lorsqu’on manque de jugement ou d’objectivité, ou lorsque nos stratégies personnelles prennent le dessus sur nos valeurs, ce n’est qu’une question de temps pour que notre leadership tombe à plat.

La prochaine fois que vous aurez à trancher une question litigieuse, assurez-vous de mettre correctement les faits en perspective. Dans votre raisonnement, n’oubliez pas de considérer vos démons intérieurs. Assurez-vous d’être réellement objectif face aux éléments. Soyez certain que vos arguments ne visent pas à protéger vos acquis personnels. Finalement, faites attention aux partis pris qui pourraient biaiser votre jugement.

Lorsque vous serez réellement objectif dans vos mises en perspective, lorsque vous tiendrez compte de tous les tenants et aboutissants dans vos actions, lorsque vous serez intègre face à vous-même et les autres, lorsque vous cesserez d’être stratégique pour satisfaire vos besoins personnels, lorsque vous agirez pour le bien de tous, au meilleur de vos connaissances, à ce moment, votre leadership aura un impact au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Résultats garantis!

dimanche 4 novembre 2007

La bohème

"Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Montmartre en ce temps-là accrochait ses lilas…" Vous connaissez la suite… «La bohème, la bohème, ça ne veut plus rien dire du tout». Il a raison Aznavour mais il n’y a pas que la bohème, il y a aussi le leadership.




Les moins de vingt ans ne peuvent le connaître… Ils en ont certes entendu parler. Ils en ont vu des reportages, ils en ont une idée mais les temps ont changé. Il y a vingt ans, René Lévesque nous quittait.

Vous vous souvenez de ce temps-là? Lévesque, Bourassa, Trudeau… On pouvait être contre l’un, contre l’autre ou l’inverse. Qu’importe, on avait quelque chose pour s’alimenter l’esprit. "On était jeune, on était fou", on avait un idéal. On voulait un pays ou on voulait y rester. "Nous ne cessions d’y croire".

Lévesque, il a marqué l’histoire. Il en avait du leadership. Il en avait du charisme. Déjà vingt ans qu’il est décédé. "…Les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…"

Bourassa et Trudeau aussi en avaient du leadership; à leur façon. J’ai eu la chance de croiser Bourassa à quelques reprises; au CEPSUM (Centre sportif de l’Université de Montréal) alors que j’étudiais à Polytechnique. J’allais nager et faire des longueurs. Il m’arrivait de le croiser dans le vestiaire. On échangeait quelques mots sur les événements. Il prenait les choses en souriant avec une profondeur dans le propos. Il était articulé et sympathique malgré son air de banquier.

"Les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…" ce qu’est le leadership des hommes politiques. Regardez ce qu’on nous propose aujourd’hui. Où sont passés les projets de société, les débats d’idées? La politique, le leadership, la bohème "Ça ne veut plus rien dire du tout".

On nous propose des baisses d’impôts. Les autres se disent contre et crient sur tous les toits l’odieux de la chose. Après, malgré leurs dires, ils s’assurent de ne rien faire tomber, surtout pas le gouvernement. Compréhensible, ils ne sont pas prêts pour les élections. Aujourd’hui, le leadership, souvent ça se limite à se faire réélire!

"Les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…" les souvenirs que nous gardons de Lévesque et les autres. Nous avions de réels leaders en ce temps-là. "Fallait-il que l’on s’aime. Et qu’on aime la vie". On avait des projets de société.

Qu’allons-nous retenir des leaders d’aujourd’hui? Qu’ils ont fait une magouille de 300 000$? Qu’ils ont lapidé les fonds publics dans des histoires de commandites? Qu’ils ont tergiversé dans la vente ou non d’un parc? Tergiversé autour de la construction ou non d’une centrale électrique au gaz ou d’éoliennes? La politique, le leadership, les temps ont changé!

La bohème, il ne faut pas l’oublier… Lorsque vous les quitterez, quels souvenirs vos employés et collègues vont retenir? Les projets que vous leur avez proposés? Les moments où vous les avez inspirés? Votre façon de les inviter à se dépasser? Ou vont-ils simplement se souvenir de vos gnangnans quotidiens?

La bohème, le leadership… "ça ne veut plus rien dire du tout".

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